27 mai 2007
la psychologie clinique menacée
Que la clinique soit aujourd'hui
mise en péril dans les pratiques et les enseignements est une réalité
que mesure aisément qui travaille dans une institution de soin et/ou
d'enseignement.
Je vous invite à prendre connaissance du texte
manifeste ci-après et aussi à le diffuser si, tout comme moi, vous
estimez opportun qu'il soit connu et soutenu.
Ce manifeste a son site où il est possible de le signer :
http://www.sauvons-la-clinique.org/
Sauvons la clinique
Manifeste pour les pratiques et les formations cliniques
Après
la disparition de la psychopathologie et de la psychanalyse de la
formation des psychiatres, au profit de modélisations neurobiologiques
et comportementalistes, c'est celle des psychologues cliniciens qui est
aujourd'hui clairement visée par les instances d'habilitation de leur
formation. Depuis plusieurs années, les universitaires qui ont en
charge cette formation voient s'étendre dans l'appareil de l'Etat la
volonté de domination des partisans de l'éviction de la psychanalyse et
de la psychopathologie, à tous les niveaux des organisations
qualifiantes de l'enseignement et de la recherche. La nouvelle
configuration qui a émergé récemment ne laisse plus de doute sur cette
volonté qui ne s'embarrasse plus de faux-semblants. C'est la dernière
étape d'une course contre la montre dont le terme, à brève échéance,
devient prévisible. En même temps, dans les institutions de soin, nous
constatons que la présence de la psychanalyse est l'enjeu d'une lutte
dans laquelle les simulacres gestionnaires, l'ingénierie de
l'évaluation, la médicamentation systématisée et exclusive, les
dispositifs d'isolement des symptômes et de leur traitement expéditif,
font une chasse réglée à la clinique de la subjectivité. Ici et là,
nous assistons régulièrement à des écroulements locaux qui résultent
soit de stratégies de harcèlement et d'épuisement des équipes, soit de
neutralisations foudroyantes par ingestion ou dispersion. La
psychanalyse n'a pas à faire seulement à des détracteurs, mais à une
convergence de processus de démolition. Ce n'est plus le temps des
signes assassins, mais des actes et des machines qui avancent à
tombeaux ouverts.
Devant
cette situation, les praticiens dans les institutions de soin
psychique, et les universitaires qui forment les générations futures et
maintiennent la présence exigeante de la psychanalyse dans les
institutions de la recherche publique doivent faire converger leurs
résistances et passer à l'invention offensive. Ils ne peuvent plus se
contenter de boucher au coup par coup et dans l'isolement, les forages
et les excavations de leurs sols. Il n'y a plus de crise, mais des
circuits intégrés de situations limites. La férocité industrielle des
appareils a des noms : dépistage précoce, troubles de conduites,
héritabilité génétique, facteurs de risque, facteurs prédictifs,
isolation des symptômes, co-morbidité, dressage de comportement, indice
d'impulsivité, rééducation psychothérapique, thymorégulateur,
expertise, évaluation, sécurité psychique, etc. Le maillage des
populations vulnérables réduites à l'usage de leur malheur s'étend
chaque jour davantage. La standardisation des ratages de la condition
humaine en une nomenclature des handicaps habite désormais des maisons
sanitaires. Le dénuement social est promis à l'épuration policière ou
masqué par des kits de pathologie des comportements. Les logomachies
s'ingénient à voiler la massification de l'humain et la marchandisation
du vivant. Acceptons-nous de déambuler parmi « les décombres du
futur » ?
À
un certain moment, face à ce qui arrive, le refus qui se cantonne dans
l'expression critique est vain. La seule dénonciation des ennemis est
dérisoire. Les lamentations nostalgiques prônant la restauration du
monde d'hier est pitoyable. Le scoop du malaise dans la culture est
largement usé. Nous avons tous conscience que nous sommes dans un
mouvement extrême du temps, de ce qu'on appelle un changement de temps.
Cela signifie qu'il ne s'agit pas d'aberrations ou de dérives à
corriger, mais de la subordination de la souffrance et du bien-être
psychique à de nouvelles représentations et de nouveaux dispositifs de
gouvernance dans lesquelles la psychanalyse ne sera que résiduelle ou
nébuleuse. La porosité de la sphère politique à ces représentations,
l'influence qu'elle subit du fait de groupes interconnectés d'une
voracité utilitaire naïve, indiquent assez que la solution ne viendra
pas des gouvernants qui ont contribué à cette évolution.
Il
faut donc un rassemblement à la mesure de la gravité de la situation,
afin de répondre à ce défi du passage d'un temps à un autre. Le refus
rigoureux et déterminé, celui qui rend solidaire, passe par le partage
d'analyses qui explorent les dérèglements et les combinaisons
émergents, par la mise en commun d'actions et d'expériences vers de
nouvelles pensées de résistance, par la
création d'un collectif permettant de faire obstacle à la politique de
la liquidation de la clinique dans les institutions de soin et de
formation.
En tant que praticiens, formateurs,
chercheurs et universitaires, nous appelons dans un premier temps nos
collègues à joindre leurs signatures à ce Manifeste pour une
convergence des résistances.
Nous proposons d'amorcer la préparation d'états généraux de la clinique,
à travers une première réunion qui aura lieu à Paris, le samedi 30 juin
2007, et qui sera accueillie par le Séminaire Inter-Universitaire
Européen d'Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et
Psychanalyse (SIUEERPP).
Texte à signer individuellement et collectivement sur le site :
http://www.sauvons-la-clinique.org/
- SIUEERPP -
Séminaire Inter-Universitaire Européen d'Enseignement et de Recherche
en Psychopathologie et Psychanalyse
Président-fondateur : Pierre FÉDIDA, Président : Roland GORI,
Vice-présidents : Danièle BRUN & André SIROTA,
Secrétaire général : Alain ABELHAUSER, Trésorier : Sylvain MISSONNIER
Siège : 35, rue Élisée Reclus
93300 - Aubervilliers
siuerpp@wanadoo.fr
Site : http://www.siueerpp.org/





